Saint-Sulpice-sur-Risle St-Sulpice. Ils avaient ligoté une retraitée de 61 ans

Ils avaient ligoté la propriétaire d'une maison de Saint-Sulpice-sur-Risle avant de faire main basse sur 20 000 € de bijoux. Identifiés par leur ADN, trois hommes ont été condamnés à de la prison ferme.

24/01/2017 à 10:06 par Thierry Roussin

Trib-Alenon.jpg

Elle avait reçu des amis à dîner, ce soir du 28 avril 2014. Les invités ont quitté la demeure de Saint-Suplice-sur-Risle vers minuit. L’Ornaise de 61 ans a enclenché l’alarme avant de se diriger vers sa chambre. Sa fille de 27 ans était « montée se coucher » quelque temps plus tôt à l’étage.

Vers minuit et demi, l’alarme s’est déclenchée. Dans la foulée, la propriétaire a vu arriver, dans sa chambre, trois individus, gantés et encagoulés. « Ils m’ont ligoté les poignets avec des colliers de serrage et m’ont demandé où était le coffre, mes bijoux, mon argent ». L’un des trois hommes a pointé une arme sur sa tempe en lui demandant : « Ton argent ! ».

« Peur de mourir »

Son portable sonnait. « C’était la société de surveillance qui insistait et j’ai eu peur qu’ils découvrent ma fille. Son chien, qui était avec elle à l’étage, a aboyé. J’ai crié pour masquer l’aboiement. Mais l’un d’eux a dit : « Il y a un chien qui aboie » et ils sont partis ». Avec une « colonne de bijoux » d’une valeur de 20 000 €.

« J’ai eu peur de mourir », a confié la sexagénaire à la Cour d’Assises devant laquelle trois accusés étaient jugés pour vol avec usage ou menace d’une arme, lundi 16 et mardi 17 janvier. Depuis cette nuit d’avril 2014, la propriétaire a « renforcé l’alarme, fait poser des détecteurs de présence sur le chemin, des barreaux aux fenêtres et installer des alarmes fumigènes ».

Après le départ des malfaiteurs, elle est parvenue à défaire ses liens « facilement ». Puis est montée voir sa fille. Qui s’était cachée. « J‘ai entendu ma mère crier. Je suis allée dans la salle de bain pour appeler les gendarmes. J’ai aussi appelé mon père. Je suis revenue dans ma chambre et par la fenêtre qui donne sur le chemin, je n’ai pas vu de voiture. J’ai voulu écouter ce qui se passait donc je suis retournée dans la salle de bain. Mon chien s’est mis à aboyer. Par la fenêtre, j’ai vu les mecs courir vers une voiture aux phares allumés, dans le chemin. Et ils sont partis ».

De gros travaux ont été réalisés sur la demeure entre juillet 2012 et février 2013. « J’ai fait refaire tout l’étage. Il y a eu beaucoup de monde sur ce chantier ». Devant la Cour d’Assises, l’Ornaise n’est pas en mesure de dire si les trois accusés y étaient.

Ils ont été identifiés par leur ADN. Celui de deux d’entre eux a été retrouvé sur les colliers de serrage et celui du troisième, sur le téléphone portable de la victime, récupéré par les enquêteurs sur le talus d’une route qui relie Saint-Sulpice-sur-Risle à L’Aigle. Un gant, à proximité, portait également le même ADN que celui du téléphone.

Peur des représailles

Depuis leur interpellation, les trois hommes ont nié être les auteurs de ce vol. Mais à l’ouverture du procès d’Assises, l’un deux (et le seul à comparaître en état de récidive légale) a avoué. « J’ai bien été là, ce jour-là. On était parti pour un cambriolage», précise-t-il en détaillant les lieux et la maison.

Agé de 36 ans, son parcours est chaotique, comme celui de ses deux co-accusés, âgées de 31 et 35 ans. « Depuis ce jour, je n’ai plus affaire avec qui que ce soit. Je ne sais pas où sont les bijoux », martèle-t-il. « On m’a proposé ce plan pour faire de l’argent. Ils sont venus me chercher chez moi et après deux heures de route, on est arrivé là-bas. Le conducteur avait un plan sur son téléphone. On a laissé la voiture, on a traversé un champ et on est arrivé par-derrière ».

Il refuse de donner l’identité des co-auteurs du vol. « Je ne peux pas sinon j’expose ma famille à de fortes représailles », répond l’accusé.

Le co-accusé dont l’ADN a été retrouvé « mélangé » à celui qui reconnaît le vol, campe sur sa position. « Comment mon ADN s’est retrouvé là ? La seule chose qui me vient à l’esprit, c’est d’avoir touché des colliers sur un chantier ou dans une voiture qu’on a pris ensemble ! »

L’accusé dont l’ADN a été retrouvé sur le téléphone portable a notamment évoqué un auto-stoppeur qui lui aurait proposé un téléphone à vendre. D’où les traces ADN. Selon l’expert génétique, « cette thèse est hautement improbable. La trace d’ADN vient d’un contact direct ou d’un postillon de l’accusé sur le téléphone de la victime ».

« Des plaies pas cicatrisées »

L’avocat des parties civiles oppose « les deux mondes qui se sont rencontrés cette nuit-là près de L’Aigle ». Il met en exergue le traumatisme des victimes. « Vous, les jurés, allez essayer de mettre des pansements sur ces plaies pas cicatrisées. Et après le procès, pour nous ce sera fini, mais pas pour elles. Car la fin judiciaire n’est pas la fin émotionnelle », a plaidé Me Bertrand Deniaud.

Insistant sur « la peur des victimes de passer de vie à trépas, de la peur globale qui les tenaille désormais, mesurée au réarmement mis en place pour protéger leur demeure », l’avocat général requiert dix ans de réclusion criminelle pour chacun d’eux.

Pour Me Scelles (barreau de Caen), l’avocate de l’accusé dont l’ADN a été retrouvé sur le téléphone, «le dossier est à charge or il faut des preuves matérielles. Mon client n’a pas de lien avec les co-accusés et il doit être acquitté par manque de preuves».

Pour Me de Goni (barreau de Caen), l’avocate de l’accusé qui a avoué, « mon client avait besoin d’argent alors quand on lui propose ce cambriolage, il dit oui car il est en situation de fragilité. Il reconnaît car il veut payer la dette ».

La Cour d’Assises a finalement condamné Nagib R. (qui a reconnu les faits) à cinq ans de prison ferme. Mujdat K. et Akin K., qui ont toujours nié leur participation, ont, chacun, été condamnés à sept ans de prison ferme. Il leur est par ailleurs, interdit de détenir une arme sur une période de cinq ans.

Ils disposaient de dix jours, à la date du verdict, pour interjeter appel.

Karina Pujeolle

61300 Saint-Sulpice-sur-Risle

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image
Présidentielles 2017

Votre journal cette semaine

Résultats sportifs de votre région
Go

Abonnement

Recevez l'actualité qui
vous concerne. Je m'abonne

Un concentré d'informations pour ne rien manquer !

Je m'inscris à la newsletter

L'Aigle - Vendredi 28 avril 2017

L'Aigle
Ven
28 / 04
14°/2°
vent 36km/h humidité 54%
Sam15°-1°
Dim15°-7°
Lun13°-5°
Mar16°-5°