L'Aigle Jean-Luc Plavis souhaiterait ouvrir un centre de soins des Troubles du comportement alimentaire (TCA) autour de L'Aigle

Anorexie, boulimie... Les Troubles du comportement alimentaire (TCA) sont encore un sujet tabou et la prise en charge des patients n'est pas satisfaisante. Jean-Luc Plavis a donc pour projet de monter une structure en Normandie et fait appel aux élus.

09/03/2017 à 14:24 par Raphaël Hudry

Jean-Luc Plavis se bat depuis des années au niveau national pour défendre les droits des malades -
Jean-Luc Plavis se bat depuis des années au niveau national pour défendre les droits des malades

Marine, 30 ans, mange bien. Un midi, à la table d’une brasserie de L’Aigle, elle commande un plat de pâtes. Rien ne laisse croire qu’elle a été atteinte d’anorexie pendant une douzaine d’années.

Hospitalisée, bien prise en charge mais « en grande souffrance », puis en rupture de soins pendant un an, elle a rencontré Jean-Luc Plavis via une association, qui l’a incitée à reprendre les soins. Un parcours du combattant typique.

Enjeu majeur

Investi dans la défense des malades depuis des années (lire encadré ci-dessous), Jean-Luc Plavis se bat depuis des années contre la problématique d’absence de structures de prise en charge pour les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire (TCA).

Avec environ 15 % de la population atteinte, dont un million de jeunes, les TCA sont la deuxième cause de suicide chez les jeunes, dans le domaine de la santé mentale. Jean-Luc Plavis prend à bras-le-corps cet « enjeu majeur de santé publique ».

Qui est-il ?
Difficile de résumer le « CV » de Jean-Luc Plavis, tant il est fourni. Atteint de la maladie de Crohn (maladie inflammatoire chronique du système digestif) depuis 1988, il a fait partie de l’association François-Aupetit (qui lutte contre cette maladie) et accompagnait les personnes malades.
Il a ensuite été salarié au sein du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) en Ile-de-France, où il étudiait les similitudes des pathologies. Repéré par Claude Evin, ancien ministre de la Santé et ex-directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France, ce dernier lui demande d’intégrer des groupes de travail pour l’ARS.
Jean-Luc Plavis est un « patient expert » reconnu par les institutions et les experts de santé. Avec deux professionnels, il a monté une maison de santé pluriprofessionnelle à Suresnes et fait partie de sa gouvernance.
Il enseigne également à l’université de Paris pour les étudiants en Santé.

Anorexie, boulimie, hyperphagie… Les TCA sont multiples et complexes. Tout comme leurs causes : traumatisme, prédisposition génétique, relations familiales compliquées ou au contraire idéalisées, aucun cas n’est identique. A noter que les femmes sont plus concernées que les hommes.

« Les TCA touchent tous les milieux, mais les patients sont généralement très sensibles, très attentifs au regard des autres, détaille Jean-Luc Plavis. Ce sont souvent des personnes intelligentes et parfois utopistes. Ils idéalisent le monde et la confrontation avec la réalité est dure, il faut la canaliser. L’anorexie peut être un refuge pour oublier la réalité, c’est leur façon d’exprimer leur souffrance. Ils ne sont pas suicidaires, c’est un appel à l’aide. »

Le professionnel ajoute que les parents peuvent ne pas détecter de signe de trouble chez leurs enfants et qu’ils peuvent même, sans le savoir, renforcer ce trouble.

Les TCA, c’est quoi ?
– Anorexie restrictive : une personne qui se voit toujours grosse et qui cherche à maigrir à tout prix. « Le plaisir de maigrir est différent de la peur de grossir », ajoute Jean-Luc Plavis.
– Anorexie boulimique : une anorexie avec des vomissements et/ou des crises de boulimie.
- Boulimie : pulsions de nourriture, les malades se font vomir pour rester maître de leur poids.
– Hyperphagie : pulsions de nourriture en dehors des repas, mais les malades ne se font pas vomir.
– Orthorexie : besoin de se nourrir en recherchant des aliments de plus en plus qualitatifs (bio, vegan…), ce qui peut devenir un trouble.
– Bigorexie : dépendance au sport et notamment à la musculation. « Tout tourne autour du poids, par exemple chez les sportifs de haut niveau qui recherchent la performance ».
Vous noterez que l’obésité n’est pas un trouble du comportement alimentaire, mais peut être un effet de l’hyperphagie.

Thérapies

En tout cas, la diversité des facteurs rend le traitement compliqué et obligatoirement au cas par cas. Différentes thérapies existent, elles sont pour l’heure surtout hospitalières. Ce qui coupe le patient du monde extérieur, et quand il ressort, « il est livré à lui-même et retombe dans ses travers », regrette Jean-Luc Plavis. Elles sont également coûteuses et nécessitent le suivi par un médecin, un psychiatre, un diététicien, un nutricien, un psychomotricien, un psychothérapeute, parfois un art-thérapeute, un gynécologue…

Mais le problème, c’est qu’il n’existe pas de maisons dédiées pour ces thérapies.

« La prise en charge hospitalière est nécessaire mais il faut des structures en ville qui travaillent en partenariat et fassent le lien entre l’hôpital et les professionnels de santé, estime Jean-Luc. Il faut faire en sorte que les personnes soient prises en charge avec des soins, des thérapies complémentaires (comme l’art-thérapie, le yoga, la sophrologie) et les inscrire dans un projet professionnel. »

Appel lancé

Il manque des appartements thérapeutiques où les patients peuvent « prendre de la distance, se reconstruire, réapprendre à manger et se resociabiliser ». Justement, Jean-Luc Plavis avait pour projet d’en créer un à Rugles, mais qui n’a finalement pas abouti. Pas abattu pour autant, il cherche toujours un lieu à proximité de Paris, et l‘Orne et l’Eure correspondent à ce critère.

Jean-Luc Plavis lance donc un appel aux élus ou associations, si des grands bâtiments sont non-utilisés. L’idéal serait des structures pouvant accueillir une trentaine de personnes.

« Ces structures ne seraient pas dédiées aux TCA mais duplicables pour d’autres pathologies. Elles pourraient redynamiser les zones rurales un peu délaissées sur le plan médical. Comme il faut des professionnels à proximité, certains pourraient venir s’installer dans le secteur s’il y a un projet de ce type. Nous l’avons fait à Suresne et c’est en cours en région PACA, cela peut marcher en Normandie ».

A noter qu’il est difficile de guérir d’un TCA. Marine est ainsi toujours en cours de rétablissement, sortie de l’hôpital il y a un an, elle va bientôt suivre une formation professionnelle. Et espère se reconstruire. « C’est fragile, on peut vite retomber dedans », regrette Jean-Luc.

Raphaël Hudry

Jean-Luc Plavis : 06 76 85 79 39 ou fnatca@gmail.com
Ligne téléphonique nationale Anorexie boulimie, info écoute : 0810 037 037 (de 16 h à 18 h).

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